-
Au Festival du cinéma de Rome, le 30 octobre dernier, Gianluca Farinelli, de la Cinémathèque de Bologne, a raconté: “Nous avons projeté La Dolce Vita à Bologne devant 5000 personnes. Anita Ekberg était là, sceptique: ‘À quoi bon ? Vous le connaissez par cœur !’ J’ai demandé aux jeunes présents dans la salle combien d’entre eux l’avaient vu: personne.”
-
“Avec La Dolce Vita Fellini est devenu le plus grand narrateur de la ville de Rome du XXème siècle. Personne n’a raconté Rome de cette façon, comme le lieu d’une synthèse improbable du sacré et du profane, où toutes les contradictions trouvaient refuge,” ajoute Umberto Croppi, assesseur aux politiques culturelles de la Commune de Rome, promoteur de l’exposition Laboratoire Fellini au Macro Testaccio La Pelanda, inaugurée le 30 octobre dernier et prévue jusqu’au 30 janvier 2011, pour célébrer les 50 ans de La Dolce Vita et les 90 ans de la naissance de Fellini.
-
Par un curieux phénomène, nous nous sentions tous auteurs du film; et pas seulement nous, les « culturels », mais aussi les techniciens, les électriciens, les figurants.
-
Certes le film ne manquait pas de femmes: la splendide Anitona Ekberg, qui est entrée dans l’histoire en pénétrant toute habillée dans la Fontaine de Trevi; la fragile et volontaire Anouk Aimée; la douce Yvonne Fournaux ; Magali Noël, danseuse pimpante. Toutes autour de Mastroianni, ravi de jouer au coq du poulailler.
-
Dans les films anglais, le tournage suit un cours implacable, le scénario est sacré, et personne n’oserait jamais en modifier une ligne, pour ne pas dire tout changer, comme le fait Fellini.“Les italiens,” est la conclusion d’Yvonne, qui a aussi beaucoup d’humour, “sont différents des autres. Et Federico est peut-être encore plus italien que les autres, ce qui est certain c’est qu’il est différent de tous.”
-
Mastroianni prend désormais les intonations de Fellini avec un naturel absolu: “Je n’ai jamais été autant dans un film” me dira-t’ il durant une pause. “Le travail ne m’avait jamais impliqué aussi à fond. Je savais que j’affrontais là une épreuve importante, mais je ne savais pas combien elle l’aurait véritablement été.” “Marcello,” me dit Fellini, “est un acteur magnifique. Mais c’est surtout un homme d’une bonté charmante et d’une effroyable générosité …certains requins de ma connaissance seraient prêts à n’en faire qu’une bouchée...”
-
“Federico, La Dolce Vita est sur le point de sortir. Qu’est-ce que tu aimerais entendre dire de ce film et qu’est-ce que tu n’aimerais pas?” Fellini : “Je n’aimerais pas entendre dire que j’ai tenté d’étonner, que je veux faire le moraliste, que je suis trop autobiographique, que j’ai cherché de nouvelles voies. Je n’aimerais pas entendre dire que le film est pessimiste, désespéré, satyrique, grotesque. Et pas non plus qu’il est trop long. Je voudrais que mes amis me disent : 'Tiens, comme Federico est sincère !' En ce qui me concerne, La Dolce Vita, est un film qui laisse un sentiment de gaieté, et un grand désir de nouveaux projets. Un film qui donne du courage, dans le sens de savoir regarder la réalité avec un regard neuf et de ne pas se laisser leurrer par des mythes, des superstitions, de l’ignorance, de la culture de bas-étage et du sentimentalisme. Je voudrais qu’on dise: c’est un film loyal.” |